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L'âme Européenne est elle en train de renaître ?

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Stifler
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MessageSujet: L'âme Européenne est elle en train de renaître ?   Hier à 1:42

La vraie religion de l’Europe


Christopher Gérard





«I l y a une religion de l’Occident. Cette religion,
c’est l’antique paganisme grec ou latin, celte ou germanique… Ce paganisme
valait les autres. Il n’est pas si loin de nous. Nous ne sommes jamais que des
païens convertis… Le païen est celui qui reconnaît le divin à travers sa
manifestation dans le monde visible».




Voilà comment, vers 1965, le cardinal Jean Daniélou
répondait à votre question. L’Europe est un continent païen. Seulement, elle
l’a oublié pendant des siècles pour de multiples raisons.





Définition du paganisme


Mais que signifie donc «païen» ?
Cultes démoniaques et magie noire ? Nostalgie stérile d’esthète ? Idéologie
totalitaire sur fond d’exaltation de la force brutale ? Rien de tout cela ne
correspond à la réalité des divers paganismes de l’Europe traditionnelle. Si une
infime minorité de nouveaux païens peut se perdre dans ce genre d’impasse,
c’est regrettable, mais ne permet nullement de caricaturer la plus ancienne religion
du continent que l’on peut définir comme la religion des cycles de la nature et du
cosmos.



Le paganisme est par définition
cosmique et donc éternel. Au contraire, les religions abrahamiques, et surtout le
Christianisme et l’Islam, malgré leurs multiples emprunts aux cultes antérieurs, se
fondent sur la révélation donnée par leur Dieu jaloux à un moment précis, en un
endroit précis: ce sont des religions historiques, connaissant un début et une fin. Le
paganisme, qu’il soit celtique, hindou ou shintoïste, ignore cette vision segmentée
du temps et lui préfère une vision cyclique. De même, il accepte la pluralité des
approches religieuses, reflet de la multiplicité des figures divines : Apollon et
Dionysos symbolisent des polarités en apparence contradictoires mais bien
complémentaires. Le premier n’est jamais pensable sans le second, de même que
l’Un n’est pas imaginablesans le Multiple.



Mais, me direz-vous, ce paganisme a
disparu il y a 2000 ans, vaincu en Europe par la foi chrétienne, ailleurs par
d’autres révélations (l’Islam en Afrique du Nord et en Turquie, autrefois
chrétiennes). Les études historiques de plus en plus fouillées - et libérées des
préjugés chrétiens - montrent que ce que l’on peut appeler, pour simplifier, le
paganisme européen n’a jamais disparu et que la conversion de notre continent
s’est faite très lentement… et sans douceur (sauf dans le cas de l’Irlande
et de l’Islande).





Conversion par la force de l’Europe païenne au
christianisme




La conversion a été forcée, par
le fer par le feu. Elle s’est étalée sur des siècles: les Lituaniens, par exemple,
n’ont été convertis - de force - qu’aux XVIème et XVIIème siècles. Dans nos
régions, les anciens cultes polythéistes ont été recouverts d’un vernis
chrétien, souvent très mince.



Voyez le culte des saints, des
sources, les processions, les feux de la Saint-Jean (et tout le calendrier des fêtes), et
même la Trinité, très peu monothéiste. Ce n’est qu’à la Contre-Réforme, en
réaction contre le Protestantisme, qu’un quadrillage efficace a été mis en place
par l’Eglise catholique. Les mentalités, ce que Jung appelait l’inconscient
collectif ont pourtant conservé les structures mentales du paganisme; seuls les noms ont
changé. De même, l’étude de notre culture montre que toutes les renaissances en
Europe se sont toujours faites par un recours à la mémoire païenne: la Renaissance
italienne ou française, le Romantisme allemand, etc. Mais aujourd’hui, en ce début
de XXIème siècle, face au triomphe apparent du matérialisme le plus avilissant, face
aussi à l’offensive de religions sauvages souvent exotiques (les «sectes»), face
surtout à l’Islam de plus en plus massivement présent sur notre sol (avec les
conséquences que cette sorte de colonisation implique, voir l’Inde ou la
Macédoine), comment se dire païen sans passer pour un farfelu ? Commençons par
critiquer divers préjugés.





Les dieux contre le matérialisme


Tout d’abord, paganisme ne rime
absolument pas avec matérialisme. Honorer les Dieux, qui sont des Puissances et non des
personnes, ne signifie pas adorer le Veau d’Or. En ce sens, un païen conséquent est
plus proche d’un chrétien révulsé par la marchandisation du monde que d’un
consommateur satisfait. Ensuite, le païen ne peut être membre d’une quelconque
secte, qui enferme toujours ses membres dans une vision paranoïaque du monde avec son
attente de l’Apocalypse, son culte du Livre unique censé contenir toutes les
vérités et des Elus qui, seuls, seront sauvés. Le païen vit dans un rapport de
co-appartenance avec le cosmos, dont il n’est jamais le centre.



Son livre est la nature, même
s’il admet qu’ Homère, par exemple, est un auteur inspiré. Le païen ne se
réfugie pas dans des paradis artificiels ni dans de misérables consolations
d’outre-monde.


Le Shinto japonais est une religion
païenne. L’élément féminin y occupe donc une place importante. éthique est par
définition tragique, faite d’acceptation du destin, vu comme un défi à relever
pour rester fidèle à sa vision de l’honneur, pour offrir un nom sans tache à ses
descendants.




Car le païen s’inscrit dans
une continuité, celle de la terre et des morts, comme disait Barrès. Il se définit
comme l’héritier d’un legs ancestral, qu’il enrichit et transmet. Le
païen, s’il a la tête dans les étoiles, garde les pieds enfoncés dans la terre
qui est la sienne, sans jamais perdre le contact avec ces deux dimensions. Il est fils
de la terre noire et du ciel étoilé.



Face à la prétention monothéiste
de détenir l’unique vérité - et d’empêcher les autres de cheminer à leur
guise vers le divin -, le païen fait preuve de tolérance, en ce sens qu’il sait au
plus profond de lui qu’approcher le divin peut se faire par une infinité de voies.



Un tel mystère ne peut jamais se
résumer à un catéchisme borné ni à un ensemble de gestes répétés de façon
mécanique. Mais tolérance ne signifie pas laxisme: comment tolérer tout ce qui
restreint la souveraineté de l’homme (les drogues, les conditionnements, par exemple
idéologiques ou médiatiques, les genres de vie malsains, etc.)? Or, l’actuelle
société occidentale, entrée dans une phase d’involution de plus en plus marquée,
semble se complaire dans l’exaltation des modes les plus dissolvantes, dans le
brouillage systématique des repères, dans la destruction de tous les liens, par exemple
familiaux et communautaires.





La religion de l’Europe


Concluons ce bref billet bien sûr
incomplet. La religion de l’Europe est d’essence cosmique. Elle voit
l’univers comme éternel, soumis à des cycles. Cet univers n’est pas regardé
comme vide de forces ni comme «absurde» comme le prétendent les nihilistes. Tout fait
sens, tout est forces et puissances impersonnelles régies par un ordre inviolable que les
Indiens appellent Dharma (concept récupéré plus tard par les Bouddhistes), terme
qui peut sembler à tort un peu exotique, mais que les Grecs traduisent par Kosmos:
Ordre.



Depuis des millénaires, notre
religion traditionnelle, reflet de la tradition primordiale, pousse l’homme à
s’insérer dans cet ordre, à en connaître les lois implacables, à comprendre le
monde dans sa double dimension visible et invisible. Le païen d’aujourd’hui,
comme il y a trois mille ans, fait siennes les devises du Temple d’Apollon à Delphes
: connais-toi toi-même et rien de trop.

_________________
Annuit coeptis
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